Pourquoi je suis allé manifester à Paris le 3 mars

Vendredi 3 mars, tous les syndicats dentaires et étudiants en dentaire (en grève depuis le 13 janvier) appelaient à manifester à Paris contre le plafonnement du prix des prothèses voulu par le gouvernement. De prime abord, on pourrait comprendre la volonté d'un ministre de vouloir rendre accessible au plus grand nombre la médecine bucco-dentaire, et de fait d'en maitriser le prix. Néanmoins tout ceci reste largement à nuancer :

- Le prix des soins (soins de carie, dévitalisation, detartrage, extraction) sont déjà plafonnés. Ce sont des tarifs imposés par l'état, dignes des pays du tiers monde. Ces tarifs, qui représentent environ 70 % de mon activité se font largement à perte. Même la Hongire, "réputée" pour ses tarifs attractifs pour les soins dentaires est bien au dessus.

tarifs etranger

- Le prix de la prothèse (couronne, bridge et appareils amovibles) sont pour le moment libres mais doivent être pratiqués avec tact et mesure. Mes tarifs, les mêmes depuis plus de 3 ans, sont dans la moyenne européenne, similaires à ceux des pays de même niveau de vie. Le problème principal est la faible prise en charge. La base de remboursement de l'assurance maladie pour une couronne est le même depuis 1988, le remboursement a même diminué puisqu'à l'époque, l'assurance maladie remboursait 75%, et maintenant c'est seulement 70%. Mme Touraine, la ministre de la santé a mis en place au 1° janvier 2016, la mutuelle obligatoire pour tous les salariés, avec les contrats dits "responsables" qui plafonnent les remboursements pour les patients . Quel beau cadeau pour les groupes financiers internationaux qui gèrent les mutuelles, plus de cotisations qui rentrent, moins de prestations à servir, et au final plus de bénéfices pour la finance. Vous patients, vous payez vos cotisations plus chères, nos tarifs sont inchangés, vous ètes moins bien remboursés, où va l'argent ? Depuis la mise en place des contrats responsables (diminutions des remboursements à cotisations égales) des patients ont du renoncer à se faire soigner, leur prise en charge ayant diminué (pas leur cotisation), beaucoup de cabinets ont vu une baisse de leur activité.

- la prévention, notamment les soins des gencives que je pratique n'est et ne sera toujours pas prise en charge.

- Pour les patients à faibles revenus, il y a la CMU, qui permet à ces patients de bénéficier de prothèses dentaires sans que cela leur coute. L'effort financier est essentiellement consenti par le praticien, les tarifs imposés par l'état étant très faibles.

 

Je n'accepte pas la santé low cost telle que l'on veut nous imposer. Le sandale Dentexia, ou plus de 1500 patients se sont retrouvés sur le carreau avec des soins payés mais non ou mal effectués n'a pas suffit à alerter la ministre ? Je veux continuer à offrir aux patients une médecine bucco-dentaire de qualité, de proximité,  que je puisse continuer à investir, à me former, à employer une assistante de qualité, à utiliser un prothésiste français (le mien est à Corbeil Essonnes). Je veux une formation initiale de qualité, actuellement il est possible "d'acheter" son diplôme dans certains pays européens (Roumanie, Portugal). Des français peuvent aller faire leurs études dans ces pays et ainsiéchapper au concours très sélectif à l'issue de la première année de médecine; une fois le diplome obtenu, ils reviennent en France et 'y travaillent (comme tous les ressortissants européens). Des praticiens formés dans certains pays européens n'ont pas touché un patient au cours de leurs études !

Je suis usé de ce mépris affiché par la ministre, usé de ce dentiste bashing continu de la part de médias à la botte d'un pouvoir agonisant et des groupes financiers, usé d'être toujours obligé de se justifier sur les honoraires alors que je suis bac+ 6 avec 30 ans d'expérience et que mes revenus sont similaires à une personne de même niveau d'étude. Les déserts médicaux ne sont pas une fatalité, ils sont juste le résultat d'une politique désastreuse de santé, et il y a un mépris des professionnels de santé qui sont sous payés et assaillis par les formalités adminsitraitives (Le tiers payant généralisés par exemple)